Allumage et premières veillées

En ce dimanche de beau temps, on s’est bien activé à faire un gros feu et un beau monticule de braise pour lancer la charbonnière. La commune de Rencurel a payé son pot, le garde ONF sa petite gentiane locale.
L’exposition de photos, nouvellement agrémentée de quelques belles photos noir et blanc a remué des souvenirs de la famille Benacchio et nous a apporté quelques anecdotes :
Ces belles photos, témoins d’une rude époque des charbonnières, n’ont pu exister que par le passage, pendant la guerre,d’un photographe qui s’était caché quelques temps en forêt. Comme nous le rappelais Jean-Charles, fils de charbonnier, eux-mêmes ne risquaient pas d’avoir les moyens ou le temps de faire des photos. Il nous a aussi raconté comment la vie nomade entre le printemps et la Toussaint (arrivée des premières neiges), ne les amenait à se déplacer qu’avec porte, fenêtre et tôles afin de construire leur nouvel habitat, pour s’isoler du vent, et des animaux en tous genre. Comment les lits étaient fabriqués sur place en bois et toiles de juges fourrées de feuilles mortes. Il nous a raconté aussi comment il était nécessaire de savoir tuer les serpents, nombreux et dangereux, ce que sa mère lui avait appris très jeune. Comment un jour le renard avait tué les poules, et qu’ils avaient mangé le renard. Comment c’était dur de vivre loin de tout, de ne pas avoir d’eau et comment il fallait l’utiliser avec parcimonie pour la charbonnière, comme pour boire. Ça n’était pas une partie de plaisir, on était isolé dans la forêt, ça n’était certainement pas festif et rassembleur comme ça peut l’être aujourd’hui.
Suite à ce témoignage touchant, Leiba et ses accolytes ont fait doucement sonner les balafons et djembés. Nous n’étions pas loin de 100, à assister au nouveau rituel d’allumage, sous l’oeil bienveillant du Mox et dans les fumées de laurier : Une belle chaîne humaine a débuté au cri du "Charbonnier, fais fumer !", passation de braises à coup de multiples pelles qui, une fois déversées dans la cheminée étaient jetées et réceptionnées puis reremplies...une chaîne de charbonniers et charbonnières parfaitement chorégraphiée.
Et puis elle s’est mise à fumer, et puis nous nous sommes mis à suer, au rythme des percussions. Et puis nous lui avons donné à manger, redonné du bois, nourrie régulièrement. La charbonnière faisait ses premières fumées, et en bas âge, les biberons sont rapprochés !
Le dimanche soir, nous étions près de 30 à prendre nos premiers quarts. A 4h du matin, tirés de poésies turques, un tour de la charbonnière nous a fait rencontrer une constellation lumineuse au sol. Grande découverte des explorateur.ices nocturnes : du bois phosphorescent ! Alors nous voilà à dépasser notre temps de quart pour dessiner sur la charbonnière, à coup de bois dépiauté. (Nous recherchons encore l’origine de la phosphorescence, même nous soupçonnons un champignon !).
Le lendemain était une belle mise en jambe pour les temps à venir : grosses vagues de pluie qui nous ont valu d’avoir quelques marins en cirés et charbonnières trempées jusqu’à l’os œuvrant au bâchage de la meule, au drainage des flaques...
Le soir, le soleil a pointé son nez, d’autant plus dans les cœurs puisque les fameuses frites au feu de bois ont refait leur apparition ! Et à l’heure du repas, une fumée dense au dessus de la Charbo : "Charbonnier.es, nous avons un problème !". Rassemblement d’une équipe, les troncos se lancent, coupent des petits bois et c’était parti pour s’enfumer et combler l’affaissement au niveau de la cheminée. Ouf !
Le mardi, la journée a été bien remplie par la préparation des ressources pour palier à ces aléas : coupes de bois, récoltes de fougères, branchages au sol pour éviter le ventri-glisse boueux... Préparatifs bien sentis puisque le soir, rebelote, bel affaissement et ouverture au sommet de la meule. Charbonnière en haut de l’échelle, pleure, nifle, déterre et découvre un gouffre chaud. Chaîne humaine de nouveau, on rebouche, on soigne pour retrouver la nuit paisible et les douces fumerolles.
Ça commence tout juste, les veillées continuent et, au delà des soins de la belle, garantissent de belles discussions et aventures nocturnes comme diurne. Venez passer la nuit, prendre des quarts, il nous faut être nombreuxes pendant toute la cuisson jusqu’à la fin du mois !
A vous y voir, donc !